La déontologie dans les medias arabes

Quelle déontologie dans les medias arabes en général et libanais en particulier ?

C’est à cette question  que  je devais répondre dans l’un des séminaires du  congrès de l’IFEX à Beyrouth. Je reprends dans cet article un résumé de mon intervention.

Avoir de l’éthique et respecter les codes de la  déontologie nécessitent au préalable d’être libre. Quand on n’est pas libre on ne peut pas être responsable de nos faits et on ne peut pas exprimer  nos propres convictions.

A partir de là, il est très difficile d’évoquer le thème de la déontologie des journalistes dans les pays arabes. Ces pays, dont la majorité écrasante est gouvernée par des régimes autoritaires ou totalitaires, n’autorisent pas une liberté de la presse et ne laissent pas de grande marge à la conscience du journaliste.

A part le Liban et le Koweit, la plupart des organes de presse dans les pays arabes, sont officiels ou officieux, ou au moins subissent la censure directe des autorités. C’est dans ces deux pays   où  la presse est pluraliste et  jouit d’une liberté totale à l’égard du Pouvoir.

Dans les autres pays arabes la situation varie entre liberté surveillée comme c’est le cas en Egypte,  ou  un contrôle total de l’Etat comme en Syrie  et dans les pays du golfe. L’Irak constitue un cas à part, où  la presse est passée du contrôle total de l’Etat sous l’ancien régime,  à une liberté chaotique où  les partis politiques et les grosses fortunes cherchent à l’utiliser comme  un outil de contrôle de l’opinion publique.

Dans ces conditions de travail,  le métier de  journaliste  s’approche de celui de fonctionnaire.  Le journaliste a du mal à exprimer ses propres pensées, il subit l’orientation  du pouvoir ou des propriétaires des organes de presse. Par la suite il ne peut pas être responsable  de ses écrits, et ne peut répondre à quelconque question concernant  l’éthique ou  la déontologie.

Au Liban, la situation parait différente.  La presse libanaise  a toujours jouit d’une liberté très large, du au régime démocratique qui règne  dans le pays depuis l’indépendance (1943), et au pluralisme politique, culturel et religieux garantit par la constitution, ce qui constitue  un cas unique  au Proche-Orient.

Mais cette liberté totale  qui a constitué durant des décennies un pont entre l’Orient et l’occident, et qui était à la base de la renaissance arabe depuis la seconde moitié du 19 eme siècle, a attiré les convoitises des régimes arabes qui ont cherché par différents moyens à s’approprier cette presse ou au moins à  acheter sa collaboration.

A cela s’ajoute un marché  libanais réduit (4 millions d’habitants), où se font la concurrence une dizaine de chaîne de TV locales, des dizaines de radios, une dizaine de quotidiens politiques, des dizaines de revues et magazines, plusieurs sites d’informations electroniques…dans un marché publicitaire en crise.  Ce qui fait qu’aucun des  medias libanais, absolument aucun, n’arrive à équilibrer ses finances, et doit par la suite  faire appel à la générosité des « frères » arabes ou à des partis politiques ou financiers divers.

A cela s’ajoutent des salaires de misère qui n’assurent pas aux journalistes une autosuffisance nécessaire à leur liberté. Les études montrent que plus de 80% de journalistes assurent que leur salaire ne satisfait pas leurs besoins, et qu’ils pratiquent l’autocensure. A partir de là on rejoint la situation des pays autoritaires où règne l’absence de liberté, et par la suite l’absence de responsabilité.

Ce qui fait que la liberté de la presse au Liban ne profite pas aux journalistes, mais plutôt aux propriétaires des titres et aux partis politiques qui transforment les medias en outil de propagande politique et de conditionnement de l’opinion publique.

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Réflexions  à  partager :

Lors du séminaire de l’IFEX consacré  au « printemps arabe », deux points de vue se sont exprimés concernant l’avenir des révolutions arabes :

Nora Younes, d’Egypte, exprimant un doute sur l’avenir de la révolution dans son pays, voyant que rien n’a changé  jusqu’à maintenant, et que  le départ du Président à  lui seul ne constitue pas de changement.

Naziha Rejib, une activiste tunisienne, fait  remarquer qu’elle a une autre analyse de la situation, elle dit:  Nora est jeune, la jeunesse réclame tout et très vite… En Tunisie le changement constaté est que, avant la révolution, les gens dans les rues discutaient du football, maintenant ils parlent politique.  Et de constater : c’est un indicateur du grand changement qui se dessine.

About Georges Sadaka, Maharat (Lebanon)

Georges Sadaka is a professor in Lebanese University. He has a PHD in Information Sciences from Paris 2. He is a former director of the Faculty of Information and documentation in the Lebanese University. He conducts academic and journalistic trainings in Media. Sadaka issued many publications and researches on media in Arabic and French.

Posted on June 6, 2011, in Uncategorized. Bookmark the permalink. Leave a comment.

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